Je me plais bien en compagnie des hommes plus âgés que moi… et des enfants. C’est comme si avec eux, mes masques se devaient de tomber. C’est comme si tout à coup, cette folle envie de jouer me revenait, purement et simplement…
Aujourd’hui, j’ai été confrontée. Tabitha et moi avons eu une sérieuse discussion sur la peur. C’est simple, nous l’avons nommée ainsi parce que nous commençons à peine à mettre le doigt sur le fait que malgré toutes nos capacités, compétences, volontés, désirs, tous nos plaisirs , nos pulsions, nos frémissements, nos jaillissements qui nous habitent (en une seule journée pour plusieurs femmes que je connais et ne connais pas), nous n’arrivons pas à les laisser s’exprimer librement. Mieux encore, en tout temps!
Bien sûr que depuis que le concept de la peur a été théorisé, mariné dans diverses sauces modèle ”mode-de-survie-en-cinq-étapes-dans-l’édition-de-Chatelaîne”, nous en sommes, à accepter qu’il existe d’autres possibilités. Des possibilités de vie souvent différentes des émotions qui nous habitent quotidiennement. Par là je parle de contrôle de soi, de professionnalisme, d’intégrité (de façade bien sûr), d’ouverture (il ne faut pas que j’oublie d’inclure mon don de charité dans mon rapport d’impôt avant la fin du mois d’avril), de prospérité… Des modèles tous faits sur mesure. Quoi de plus … prévisible.
”La peur, c’est le contraire de l’amour Tabitha”
”Pas sûre d’être d’accord avec toi sur ce point Amelly. Je crois que le contraire de l’amour, c’est le courage”
”Pas sûre d’être en désaccord avec toi sur ce point Tabith…a”
Après diverses élaborations de théories sur la question, nous avons raccroché le téléphone. Ce que j’aime avec le fait d’échanger avec Tabitha, c’est que nos conversations sont parsemées de convictions, de passions. Lorsque nous ne savons pas, nous y revenons.
Pourquoi est-ce que l’amour, reconnaissons-le, est étincelant de peur (joie-tristesse-colère)? Constamment… Nous devenons soudainement anxieux lorsque nous ne ressentons plus, pour l’être aimé, aucune de ces émotions depuis longtemps? Je dirais bien que parce que ce que nous appelons communément l’adrénaline que nous recherchons en amour, est la même qui est sécrétée lors de nos moments d’émotions de peur.
Nous (les femmes) sommes en constante quête de sensations stimulant notre ouïe… La vue, surprenamment, passe en second. Dans le fond, le premier peut facilement vaincre le second.
Maintenant, que dois-je faire avec tout ça? Je parle par là de l’appel de mon plus grand amour jusqu’ici dans ma vie. Celui qui vient de me dire qu’il a ”foiré” parce qu’il avait peur. Comme si le fait de cette justification venait mettre un baume supplémentaire (et non-nécessaire) sur la plaie à peine cicatrisée.
”Benoît, tu as passé ton temps à avoir peur. Et quand tu faisais semblant de ne plus avoir peur, tu pensais, de manière évidente, à un prochain événement qui te permettrait de te mettre à anticiper cette prochaine peur. Je ne vois là qu’une seule et simple manière d’avoir échappé à l’amour, que de passer son temps à l’attendre. Ton beurre et l’argent de mon beurre”.
Je me suis mise à en vouloir, encore, non au mythe de Cendrillon, qui vaut ni plus ni moins que tous les autres mythes de ce monde. Je me suis mise à en vouloir à sa finalité non exploitée. Cette finalité occultée du discours. Oui, on peut finir l’histoire ”Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants” comme on le veut. C’est que cette non-reconnaissance de la finalité (transformation) de toute chose nuit à toute chose, tout rapport que l’on peut, souhaite et prétend entretenir.
”Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… jusqu’à ce que la mort les séparèrent”?
”Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants jusqu’à ce qu’ils errèrent et ne soient plus heureux”?
Il est sûr que le fait d’être heureux et d’avoir beaucoup d’enfants risque de prendre quelques années… si on décide de tout combiner, ne serait-ce…
Peut-être que ça aurait changé quelque chose. Peut-être que non, peut-être qu’aurions-nous été pris dans une autre appellation de notre chaos intérieur, celui qui nous empêche, systématiquement, de vivre nos capacités, compétences, désirs, joies, jouissances auprès d’une personne qui est toute là… au même moment que nous, ne serait-ce.
Rien dans l’histoire ne nous explique si Cendrillon n’a vécu aucune peur durant ses moments heureux… (d’ailleurs, son ”chum” avait-il un nom: le Prince charmant?).
Cela supposerait qu’il y ait un paradis sur terre??? (Shhhhhhhtttt! pas trop fort, on risque de se faire voler notre idée!).
Je sais que ce soir, c’était la dernière fois que je parlais à Benoît.
Lorsque nous sommes vivants, la mort n’est pas. Lorsque la mort est là, nous ne sommes plus. Dès lors, dans la mort que crains-tu?
– Épicure